MéSaRé

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MéSaRé

Catalee ouvrit les yeux dans la pénombre de sa chambre. Un bruit furtif, dans le couloir, l’avait réveillée en sursaut alors qu’elle commençait à somnoler. En écoutant attentivement, et ce, malgré les battements trop forts de son cœur, elle perçut quelques grincements qui s’éloignaient. Kéléa s’en allait encore en douce en pleine nuit, la laissant seule. Sa sœur, de huit ans son ainée, croyait toujours que Catalee ignorait son manège. Mais il y avait des années maintenant qu’elle l’entendait presque toutes les nuits. Elles avaient perdu leurs parents très jeunes, dans une affaire sordide que l’Etat leur cachait encore. Kéléa avait dû prendre le rôle de tutrice à dix-huit ans. La cadette comprenait son envie d’évasion, mais de là à l’abandonner à son sort toutes les nuits, il y avait une limite. Non seulement elle n’avait pas à être seule dans la maison la nuit, mais les journées qui suivaient les escapades nocturnes n’étaient pas joyeuses. C’était à peine si sa sœur s’occupait encore d’elle tant elle s’épuisait à veiller. Seulement Catalee se sentait bien incapable de faire la moindre remarque à sa sœur. Elle savait que celle-ci possédait  trop de répondant pour ne pas se venger, usant du surnom de la honte : Cata’. L’adolescente, du haut de ses treize ans, détestait ce pseudo moqueur. Cependant, chaque jour la curiosité l’emportait un peu plus sur la crainte. Depuis environ une semaine, la jeune fille suivait Kéléa. La première fois,  elle s’était contentée d’ouvrir la porte de sa chambre. La seconde, elle avait descendu l’escalier puis avait scruté par la fenêtre la direction que prenait sa sœur. En fin de compte, elle était allée jusqu’au bout du jardin à l’avant de la maison qui lui donnait une meilleure vue sur la rue. Malheureusement son aînée avait tourné assez rapidement sur un chemin entre deux maisons et l’apprenti espionne mourrait de froid dans son pyjama.

Cette fois, elle était resté habillée. Elle veillait dans l’espoir de l’entendre, même si elle avait bien failli s’endormir. Dans le plus grand silence, Catalee retira la couette qui la couvrait et enfila ses baskets sans cesser de tendre l’oreille. Le bruit de la porte qui claquait légèrement lui indiqua qu’elle pouvait quitter la pièce. Ses yeux étant habitués à l’obscurité, elle put se fier aux quelques rayons de lampadaires pour se diriger dans la maison et n’hésita pas à courir dans l’escalier jusqu’à l’entrée. La jeune fille jeta un rapide regard par la fenêtre, sans oser écarter le rideau. L’ombre de sa sœur passa furtivement devant la maison. Elle attrapa sa veste en vitesse, puis se convainquit que cette fois était la bonne malgré sa peur d’être réprimandée. Elle ne la lâcherait pas, tant pis si Kéléa n’était pas d’accord. Elle s’élança donc aussi vite que possible afin de ne pas se faire semer et en oublia de fermer la porte à clef. À moitié cachée dans les thuyas qui bordaient le terrain, l’adolescente épia encore quelques temps son ainée. Celle-ci tourna dans la même ruelle que les autres nuits. Cette fois, Catalee fonça derrière elle dès que sa silhouette passa au coin de la maison qui bordait le chemin. Elle dut ralentir afin d’éviter de faire trop résonner ses pas dans le calme nocturne. L’allée terreuse s’enfonçait dans un bois entouré de marécages où personne n’aimait aller. On finissait toujours avec de la boue jusqu’aux genoux et des piqûres de moustiques, d’araignées ou d’autres insectes plein le corps. Même les gamins les plus aventuriers n’y allaient jamais plus d’une fois tant l’endroit était désolé et répugnant. Catalee allait enfin savoir ce que sa sœur trouvait de si intéressant là-bas. Par chance, la lune était pleine, ce qui facilitait l’espionnage. Sans cette clarté, la piste de Kéléa aurait été perdue plus d’une fois. Elles marchèrent ainsi à bonne allure, à distance l’une de l’autre, durant près d’une demi-heure. Pas habituée à un tel rythme, Catalee haletait. Sa respiration lui était d’autant plus difficile qu’elle tentait de la masquer. Tout autour d’elle semblait propice à l’espionnage. Il avait tellement plu depuis quelques jours que les feuilles mortes ne craquaient plus. Elles étaient collées au sol et absorbaient chaque pas. Finalement, elles arrivèrent au pied d’un grand bâtiment. Il était presque invisible au milieu de cette jungle de fougères et de mousse qui l’envahissait à la moindre fissure, si bien que l’adolescente ne l’avait pas vu avant. Kéléa longea le mur. Ce dernier possédait des ouvertures faisant office de fenêtres auxquelles il n’y avait aucune vitre, pas même leurs armatures. Certains trous avaient été bouchés à l’aide de planches ou de bâches noires. Ce devait être un repère de drogués ou de sans-abris, sa sœur n’avait rien à faire ici ! Alors que la jeune femme devant elle, qu’elle ne reconnaissait plus, disparut au coin du bâtiment, Catalee s’arrêta un instant. Elle se demandait comment elle pouvait s’y prendre pour récupérer sa grande sœur stricte et autoritaire. C’était quand même mieux pour elle qu’une junkie. Elle ne put cependant pas réfléchir longtemps car elle fut interrompue par une main qui l’agrippa par l’arrière du col. On l’empoignait avec tant de force qu’on manqua de l’étrangler. Elle poussa un petit cri paniqué.

            — Coucou, petite fouine, l’apostropha une voix d’homme sur un ton étrangement avenant pour quelqu’un d’aussi brutal.

Elle le vit alors du coin de l’œil, mais ne le reconnut pas. De toute façon elle ne distinguait pas grand-chose dans cette obscurité. Il la poussa jusqu’à l’angle. Quand ils le dépassèrent, l’adolescente interrompit soudain ses suppliques. Elle lâcha un soupir d’admiration. Devant elle se dressait un grand escalier peuplé de dizaines de personnes occupées à lire à la lumière de lampes solaires accrochées un peu partout sur la façade. Ce devait être l’avant de la bâtisse. Kéléa se retourna et lui fit les gros yeux quand elle comprit ce qu’il se passait.

            — Regardez ce que j’ai trouvé en arrivant ! annonça l’homme qui la trimbalait comme une vieille chaussette.

Il la laissa seule au milieu de tous les autres.

Ils s’interrompirent tous pour la regarder d’un air suspicieux. Catalee se sentit très mal à l’aise. La remarque de son ainée n’y arrangea rien.

            — Mais enfin… Mais qu’est-ce que tu fais là ?! s’énerva Kéléa à mi-voix.

Dans la tête de l’adolescente résonna une réplique cinglante qu’elle n’osa pas exprimer. Elle mourrait d’envie de lui retourner la question mais rien ne voulait franchir sa gorge crispée. Elle se contenta d’un regard qu’elle voulait noir, mais qui parut plutôt effrayé.

            — Ça va pas dans ta tête ou quoi ? continuait Kéléa devant son absence de réponse. Tu sais pour quoi je passe à cause de toi ? Merde ! Tu fais chier ! Comment je vais…

            — Key, l’appela un autre homme qui descendait les marches pour les rejoindre. Laisse tomber.

            — Nass ? Comment ça ? répliqua Kéléa.

Était-ce ça, le nouveau surnom de sa sœur ? Catalee ne le connaissait pas et le trouvait ridicule. Elle aurait plutôt choisit « Co », ça sonnait bien avec Nass. Elle faillit ne pas contenir le fou rire nerveux suite à sa blague intérieure.

            — Ne t’en fais pas. Je me doutais qu’elle finirait par venir de toute façon, avoua le nouveau venu.

Il remercia celui qui l’avait trouvée et l’appela Tomso. Ce dernier fit un signe de tête approbatif, un sourire marquant son visage narquois. Puis il resta planté derrière la fouineuse, les bras croisés, et lui coupait toute retraite. Une femme, qui devait être du même âge que Kéléa, arriva elle aussi et se posta juste à côté du fameux Nass. Catalee supposa qu’il était une sorte de chef de bande vu la déférence des autres envers lui. Ce qui l’étonnait par-dessus tout c’était que même son ainée, habituée à donner des ordres et à tout gérer seule, offrait le même visage de soumission. La jeune fille préféra garder la tête haute malgré sa situation plutôt précaire.

            — Y’a un adage qui dit que la curiosité est un vilain défaut, commença Nass en grattant sa crinière crépue. Tu n’as pas l’air d’accord… Moi non plus.

Il haussa les épaules.

            — Hein ? fut la seule chose que Catalee parvint à articuler.

            — Je suppose que tu veux en savoir un peu plus sur ce que Key fait ici ? Alors rejoins notre communauté. Tu seras la bienvenue, conclut son interlocuteur en lui tendant une main à serrer.

            — Qu’est-ce qui te dit que je veux faire partie de votre groupe ? répliqua l’adolescente dans un sursaut de courage.

Nass se mit à rire.

            — C’est simple. Soit tu nous rejoins, soit tu ne repars pas d’ici en vie. On ne peut pas se permettre de prendre des risques. Mais ne t’inquiète pas, je suis certain que quand tu nous connaîtras un peu, tu feras le bon choix sans regrets. Maintenant, finies les politesses. Suis-moi… Cata’.

La jeune fille rougit de colère et de honte. Sa sœur avait parlé de ce surnom stupide partout, c’était dégueulasse. Néanmoins, elle lui emboita le pas. Ce ne fut pas de gaité de cœur, mais elle s’y sentait forcée par le regard insistant de Kéléa, ainsi que par Tomso, toujours dans son dos, qui la guidait par ses bousculades.

Elle jetait des coups d’œil à sa sœur, espérant se sentir rassurée par sa présence, mais il lui sembla encore une fois voir une inconnue. Ce n’était plus Kéléa, mais Key à côté d’elle, et elle n’avait d’yeux que pour Nass.

            — Greluche…, se permit-elle de lui murmurer alors qu’ils venaient de s’arrêter.

Le chef de bande ne laissa pas le temps à l’aînée de répondre.

            — Voilà la bibliothèque, annonça-t-il fièrement, les bras levés en croix.

Alors seulement Catalee leva la tête et observa ce qui l’entourait. Des tas de livres empilés remplissaient les murs dépourvus d’étagères. On avait improvisé un rangement avec les moyens du bord. Quand la pile devenait instable on passait à la suivante, mais la surface ne suffisant pas, on en avait aussi entassé au centre de la pièce de façon plus ou moins ordonnée. Catalee n’avait encore jamais vu autant de livres réunis, elle ignorait même qu’il en existait en si grands nombres.

            — Tous ces livres, commença Nass en désignant les piles diverses par de grands gestes théâtraux, sont interdits. Leur existence est taboue, tu comprends maintenant pourquoi nous ne pouvons te laisser partir sans garantie.

            — Il y en a tant de proscrits que cela ? chuchota l’adolescente, dont le souffle se coupait.

            —En fait, il y en avait bien plus, seule une infime partie a été cachée ici. Quand on les a trouvés, ils s’étalaient au hasard sur le sol du bâtiment. Alors on les a réunis ici et rangés. C’est la pièce la plus à l’abri de l’humidité. Mais viens. Allons nous asseoir et je t’expliquerai.

Le groupe se dirigea vers les rares sièges qui avaient pu être ramenés sur les lieux et qu’on réservait aux réunions importantes. Une fois installée, la jeune fille se sentit un peu mieux. Pour le moment la discussion s’engageait bien et elle se sentait particulièrement curieuse.

            — Sache tout d’abord que notre mouvement existe depuis près d’un siècle. Quand ceux qui nous ont précédés ont découvert cet endroit, ils ont trouvé un seul livre dans le couloir d’entrée. Tous les autres gisaient dans les pièces fermées. Dans ce livre, quelqu’un avait noté tous les événements qui les avaient menés là. Nos ancêtres ont continué d’écrire leurs découvertes dans ce carnet, c’est grâce à cela que nous en savons autant. Les premiers découvreurs de la bibliothèque étaient mes arrière-grands-parents. À l’époque, ils avaient vingt ans et pratiquaient une sorte de sport qu’ils appelaient l’urbex. Cela consistait à explorer des lieux abandonnés, souvent la nuit. C’était déjà une activité illégale, mais on était moins réprimés qu’aujourd’hui.

Le chef s’arrêta quelques secondes pour jauger la réaction de sa jeune interlocutrice. La plupart des gens n’avaient même pas conscience des répressions qu’ils subissaient depuis leur naissance. Mais comme Cata’ vivait avec Key, celle-ci l’avait peut-être influencée. Elle haussa les sourcils, mais ne parut pas aussi scandalisée par ses propos qu’il le pensait. Il continua :

            — Je vais te résumer rapidement ce qu’ils ont lu dans le carnet de bord, parce que c’est une longue histoire. Quelqu’un… On ne sait même pas s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme, on ne connaît ni son nom ni son âge, mais cette personne faisait partie de l’ancien gouvernement. Avant. Ce que je veux dire c’est que les choses se passaient différemment avant. Ça n’a pas toujours été comme ça. On nous enseigne qu’antérieurement à notre ère, on vivait comme des sauvages, mais c’est un mensonge. J’y reviendrais plus en détails. Bref…

Nass se redressa sur son siège et passa sa main dans sa chevelure ébouriffée telle celle d’un lion. Il s’humecta les lèvres, semblant remettre de l’ordre dans ses pensées. Catalee évitait à tout prix le regard de sa sœur qui la révulsait de colère et de tristesse, et accrocha ses yeux sur les muscles saillants de Tomso. Elle fixait sa chemise comme si son regard avait pu passer au travers quand elle fut interrompue par le discours qui reprit :

            — On a appelé cet inconnu, notre sauveur : Hewter. Je crois que c’était le nom du père de mon arrière-grand-mère. Et Hewter racontait qu’il sentait depuis longtemps que les choses allaient mal se passer dans son monde à lui. Que tout ce qu’il connaissait allait disparaitre. Quand les premiers livres ont été interdits, il a décidé d’en réunir un maximum et de les cacher. Au départ, il les dissimulait dans sa maison, mais il a vite eu peur d’être découvert. Avec des complices, ils ont cherché un endroit où les mettre à l’abri. Cet immeuble venait d’être abandonné en pleine construction, faute de moyens financiers suffisants. Alors il l’a fait interdire pour insalubrité afin d’empêcher des inconnu d’y aller, puis il a fait en sorte d’enterrer le dossier immobilier le plus profondément possible pour que cet endroit soit oublié. Et ça a marché !

L’adolescente était éblouie par la conviction qui animait Nass. Une flamme qu’elle ne connaissait pas brûlait dans ses yeux.

            — Il a un peu attendu pour être sûr, puis il a fait cacher les livres ici. Entre temps d’autres avaient été récupérés par ses amis et ils les ont tous balancés ici en pleine nuit. Ils ont dû faire très vite pour être discret, mais aussi parce que le nouveau gouvernement entrait en fonction le lendemain et que ça leur faisait peur. Je crois qu’ils avaient raison, parce qu’ils n’ont jamais pu mettre en place le mouvement. Ça aurait dû commencer avec Hewter, comme il l’avait promis à la dernière ligne de son compte rendu. Sauf qu’il n’est jamais revenu. Personne d’ailleurs, jusqu’à ma famille. Comme il n’y avait pas de date, on n’a aucune idée du temps qui est passé depuis, mais sûrement très longtemps. Mes arrière-grands-parents ont décidé d’enfanter le mouvement eux même et de reprendre le flambeau. Ils se sentaient transgresseurs depuis toujours, ça leur a paru une évidence. C’est eux qui ont passé des mois ici à ranger et lire aussi. C’est la lecture qui leur a ouvert l’esprit. Au début, les premiers membres vivaient tous là, mais on est devenu trop nombreux.

Nass reprit sa respiration. Il se pencha vers Catalee et ajouta doucement :

            — Tu connais les bases, mais il faudra lire le carnet de bord. Cela fait partie de l’initiation des membres. Mais tu as déjà assez de renseignements pour te décider. Soit tu nous rejoins et tu te prépares à renverser le gouvernement soit tu vends ton âme à ceux qui nous dirigent et on s’occupe de ton cas. Quel choix fais-tu ?

Le visage qu’arbora alors la jeune fille en disait long sur son état d’esprit. Elle avait plus de questions que de réponses à lui fournir. Cependant, Nass n’étant pas dupe, il enchaina presque immédiatement.

            — Oui, je comprends.

Il se leva alors et la jeune fille tressaillit.

            — Je dois me préparer pour le rituel des offrandes. Je te laisse un peu de temps pour digérer tout ça.

Puis, alors qu’il commençait à s’éloigner, il ajouta :

            — Enfin, pas trop quand même, la nuit est courte.

Cette fois il disparut et personne ne le suivit. Ils restèrent tous autour d’elle, comme pour s’assurer qu’elle ne fuirait pas. La jeune femme en face de Catalee la regardait avec dédain.

            — Comme si on n’en avait pas assez avec Key, il faut maintenant qu’on se coltine la frangine, soupira-t-elle avant de quitter la pièce à son tour.

            — Assez de quoi ? Hein ? lui cria Kéléa avec animosité.

L’autre ne lui répondit jamais et Catalee sombra dans l’incompréhension la plus totale.

            — On a appelé le mouvement « MéSaRé ». Ça vient de Mémoire, Savoir et Révolte, expliqua soudain Tomso. C’est notre crédo.

C’est fou comme cette information ne l’aidait pas. Mais de toute façon il n’avait parlé que pour la sortir de sa torpeur. Catalee balbutia un remerciement tout en essayant de ne pas fixer trop longtemps le jeune homme. Il affichait toujours ce demi-sourire qui la mettait terriblement mal à l’aise. Elle ne parvenait pas à déterminer s’il lisait dans ses pensées ou s’il s’agissait seulement de son air habituel. Il fit un signe de tête à sa grande sœur, puis sortit lui aussi. Au moins, elle ne se sentait plus comme dans une cage. Enfin presque. Son aînée semblait nerveuse.

            — Je…

            — Attend. Écoute-moi d’abord Cata…lee. Je n’ai pas choisi ce groupe pour rien d’accord ? J’ai réfléchi à ma décision et je ne la regrette pas. Le gouvernement se fout de nous. Comme pour la mort de papa et maman… On ne sera jamais de trop pour reprendre nos droits. Fais-moi confiance tu veux ? Je ne pourrai pas te protéger. Pas cette fois, débita Kéléa sans laisser une occasion de l’interrompre.

            — Quoi ? Tu ne feras rien pour moi ?

            — Je ne peux pas. Je n’ai aucun pouvoir ici… Tu es venue trop tôt. C’est de ta faute aussi ! J’attendais d’avoir un peu plus d’influence sur Nass. Tu vois bien que j’y travaille.

            — Tu le drague oui, ricana l’adolescente qui ne la croyait pas une seconde.

            — C’est bien ce que je te dis. Et puis tu peux parler. Tu crois que je ne t’ai pas vue ?

Catalee ne put s’empêcher de rosir jusqu’aux oreilles.

            — Bon, peu importe…, soupira sa sœur. Y’a qu’un moyen d’influencer Nass, alors voilà. Je sais qu’il ne me prête attention que pour mon physique, mais je m’en fiche.

            — Tu veux dire que ça ne te touche pas qu’il ne t’aime pas ?

Key eut un hoquet amer.

            — Ah ! Le mythe du prince charmant. J’ai passé l’âge. Qu’il m’aime n’a aucune sorte d’importance. Ce qui compte, tu vois, c’est que si je suis à ses côtés, j’aurai du pouvoir. C’est ça que je cherche.

Catalee enregistra parfaitement l’information. Une idée démentielle commença alors à germer dans son esprit. Elle accepta finalement de rejoindre le groupe, elle ne voulait pas mourir, après tout. Elle avait bien des choses à apprendre encore, mais sa plus grande leçon commença à ce moment-là. Elle devint donc cette nuit-là une rebelle. Plus ou moins…

Des années étaient passées depuis ce soir-là. La jeune fille devenue adulte ruminait depuis longtemps les leçons apprises lors de cette nuit où tout avait changé. Elle se trouvait désormais sur l’estrade des ministres, avec tous les membres du gouvernement, et elle se remémorait ce moment de sa vie en attendant l’exécution massive qui allait avoir lieu. Au milieu de la place de la Liberté, elle observait sa sœur entre les autres membres de MéSaRé en fronçant les sourcils. Celle-ci lui lançait un regard noir et insistant depuis qu’elle était montée sur l’échafaud. Elle ne devait pas digérer sa trahison. Catalee lui adressa alors un discours mental, sachant très bien qu’elle ne l’entendrait jamais. « J’ai œuvré des années durant pour obtenir ce que j’ai aujourd’hui. Alors quoi ? Est-ce moi qui t’abandonne ? Quand c’est toi, tout va bien et quand c’est moi… C’est encore Cata’ qui fait des siennes ? C’est ça ? Je ne comprends pas Key. Le pouvoir est plus important que l’amour. C’est pourtant toi qui m’as tout appris. Pourquoi n’es-tu pas fière de moi ? »

Passez le curseur sur les photo pour faire apparaître les noms 🙂 Vous pouvez jouer à deviner qui est qui si ça vous amuse mais je ne pense pas que ce soit très compliqué 😛

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