Évasion Royale

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Evasion Royale.

 

La Princesse Lysiane tournait en rond dans sa chambre à moitié vide, décoiffant par ses gestes brusques ses boucles mordorées. Comme dans le reste du château, les objets de valeur avaient disparu. Elle posa son regard vert-de-gris sur les emplacements désespérément vide de la pièce. Ils avaient tout emporté juste après avoir fait assassiner son père et sa mère. Elle était l’héritière officielle, la seule, l’unique fille des souverains. Pourquoi ne la tuaient-ils pas ? Sans elle, rien ne les empêcheraient de gouverner. La réponse lui vint soudain. Parce que sans elle ils ne seraient pas légitimes. Ils voulaient probablement la forcer à épouser l’un d’eux afin qu’il devienne Roi. La Princesse ne se laisserait pas faire. Elle n’avait aucune idée de la façon dont elle devait s’y prendre, mais elle les empêcherait.

Des bruits dans le couloir la tirèrent de ses pensées. Cela ressemblait à des pas pressés. Curieuse, elle risqua un œil dans l’entrebâillement de sa porte. Une ombre attira son attention au coin du corridor puis s’évapora presque aussitôt. Lysiane tenta une sortie, après tout il n’y avait personne pour la surveiller. Ils savaient tous qu’elle n’était pas assez débrouillarde pour s’enfuir et que des gardes aux issues principales de la forteresse suffiraient. Personne ne l’obligeait à rester dans sa chambre mais jusque-là, elle s’y était sentie plus en sécurité qu’ailleurs. Elle déambula au hasard, se dirigeant instinctivement vers la sortie. La jeune fille ne croisa cependant pas un chat. Du moins jusqu’à ce qu’une voix familière l’interpelle près de la grande porte. Elle eut néanmoins un doute car le ton lui semblait si différent de son habitude. Etait-ce vraiment elle ? Elle se guida au son afin de le vérifier mais un groupe d’une dizaine de gardes masquait l’origine de la voix. On ne prêta pas la moins attention à la Princesse. Elle évalua ses possibilités très rapidement mais tout ce monde agglutiné dans l’encadrement bloquait le passage.

                — Vous n’allez tout de même pas me laisser attendre ici bêtement ? Laissez-moi vous prouver que je dis vrai. Et puis si, quand votre chef sera sorti de sa réunion interminable, il vous dit que j’ai menti… Vous n’aurez plus qu’à nous mettre dehors. Ce sera vite réglé. N’est-ce pas ?

La femme parlait ainsi très fort, prenant un accent bourgeois largement condescendant. Mais n’importe qui fréquentant assidument ces milieux aurait tout de suite remarqué son exagération à la limite du burlesque.

                — Par contre, si il vous dit que je n’ai pas menti et que vous m’avez inutilement ennuyée et fait perdre mon temps… Enfin moi, je dis ça pour vous. De beaux gaillards comme vous, se serait tellement dommage, renchérit la visiteuse.

La ruse était grossière et si Lysiane s’était quelque peu inquiétée du sort des envahisseurs, elle ne se serait pas gênée pour le leur dire. Seulement la jeune fille s’en fichait tout particulièrement. Les gardes, pas bien malins, s’écartèrent pour laisser entrer une femme et deux hommes à l’allure plutôt étrange. Leurs habits luxueux ressemblaient à des déguisements loin de la mode actuelle des nobles et la coiffure de la brune tenait à peine en place.

                — Serait-ce là, la petite Princesse Lysiane ? s’exclama faussement celle-ci en la voyant.

Ce ne fut qu’à ce moment que la jeune fille la reconnue vraiment. Cette maligne de Zéa avait réussi à s’infiltrer afin de lui rendre visite malgré tout. Passée maître dans l’art du déguisement et du mensonge, sa meilleure amie l’étonnait toujours. Elle connaissait ses manies depuis longtemps pourtant. Apprenant leur amitié improbable, ses parents lui avaient interdit de revoir cette arnaqueuse des bas-fonds. Et comme toute enfant rebelle, Lysiane voyait toujours Zéa en douce. Son amie venait, habillée de multiple façons afin de ne pas se faire prendre et, contrairement à ce qu’on avait sermonné à la Princesse trop souvent, n’avait jamais rien volé, ni même tenté. Une douce complicité s’était installée rapidement entre elles jusqu’au jour fatidique où les souverains disparurent. Depuis lors Zéa ne donnait plus de nouvelles.

Lysiane, confiante, commençait à croire qu’elle avait utilisé ce temps afin de fomenter un plan tout particulier. Les deux hommes qui l’accompagnaient en revanche ne lui inspiraient pas plus de confiance que de vulgaires voleurs. Elle joua cependant le jeu de son amie.

                — Que me voulez-vous ? lui répondit-elle sèchement.

                — Quel accueil, railla Zéa. Je viens estimer le prix de… ce qu’il vous reste d’objets précieux insoupçonnés.

                — Et quel meilleur endroit pour commencer…

                — Que votre chambre, n’est-ce pas ? dirent à tour de rôle les deux accompagnateurs de son amie.

Le second donna un coup de coude amusé au garde le plus sceptique en lui adressant également un clin d’œil. Il signifiait par-là même qu’ils étaient bien venus dépouiller le château pour le peuple Balgaran.

                — Excellente idée, approuva le soldat envahisseur, mais je vous surveille quand même.

Sur ces mots il renvoya ses hommes à leurs postes respectifs à l’exception de deux. Ils escortèrent le groupe jusqu’à la pièce demandée et les gardes restant furent assignés à l’entrée de celle-ci, de chaque côté de l’accès. Seul leur chef, lourdement armé, entra avec eux.

                — Je vous préviens, je ne vous laisserai pas prendre tous mes biens, protesta vivement Lysiane.

                — Encore faut-il qu’ils aient de la valeur, rétorqua Zéa en faisant mine d’admirer la peinture murale et le reste d’ameublement.

Dans un coin du lit, elle vit une petite table de chevet avec un tiroir. Ses comparses, quant à eux, déambulèrent chacun de leur côté. L’un, aux cheveux châtain clair tirant sur le blond, restait près de la porte close, juste derrière le soldat Balgaran et lui jetait des coups d’œil. L’autre, à la tignasse presque noire, se déplaçait vers la fenêtre, également dans le dos du garde.

Lorsque la femme ouvrit le tiroir, elle poussa une exclamation d’admiration. L’attention de l’ennemi se focalisa sur elle.

                — Regardez-moi cette petite merveille, ne me dites pas que cela vous a échappé ? exulta-t-elle soudain.

Mais la Princesse ne vit rien à l’intérieur du meuble. Le soldat fit un pas pour mirer ce dont elle parlait. Que se passerait-il lorsqu’il comprendrait la ruse ? Il n’en eut pas le temps. L’homme aux cheveux foncés se rua sur lui dans un silence de spectre et plaça un couteau sous sa gorge. Le corps sans vie de l’ennemi tomba au sol dans un son feutré tandis que le deuxième toussait près de la porte pour le couvrir. La pauvre Princesse Lysiane fut terrifiée, jamais elle n’avait vu autant de sang. Zéa dut mettre la main sur sa bouche pour l’empêcher de crier.

                — Ça n’a l’air de rien comme ça, mais c’est très précieux, continua à raconter l’arnaqueuse en haussant le ton afin de se faire entendre.

La jeune fille compris bien ses intentions, mais eut énormément de difficultés à se calmer.

                — Je sais que c’est moche, mais on n’a pas le choix si on veut te sauver, chuchota Zéa avant de relâcher la Princesse.

                — Me sauver ? S’ils avaient voulu me tuer ils l’auraient déjà fait…

Son amie la coupa.

                — S’ils n’en sont pas encore venu là c’est parce qu’ils ont toujours besoin de toi, mais ça ne va pas durer.

L’arnaqueuse lança un rire fort afin de se donner le change dans le couloir. Puis elle fusilla du regard ses comparses mâles qui jouaient stupidement avec le mort.

                — Fichez-lui la paix, siffla-t-elle entre ses dents.

                — Tu sais des choses que j’ignore ? s’étonna Lysiane en évitant de regarder vers le cadavre et le sang.

                — On n’a pas le temps pour les grandes explications, il faut qu’on sorte d’ici au plus vite. Dan, Ten, ramenez-vous bon sang, espèces d’idiots, marmonna Zéa.

Les garçons lâchèrent leur marionnette et essuyèrent leurs mains salies sur leurs beaux vêtements comme ils l’auraient fait avec des guenilles.

                — Partir ? Mais comment ? En égorgeant un à un tous les Balgarans ?

                — Moins fort, intima sa meilleure amie.

Sans plus de précisions, elle passa ses mains sur la nuque de la Princesse et en détacha son collier qu’elle prit sans demander. Au bout de la chaine pendait une ancienne clé argentée sans valeur autre que sentimentale. Elle était ornée de jolis entrelacs décoratifs.

                — Oh, ça ? Laissez-moi voir, brailla Zéa encore une fois.

Elle chercha ensuite, avec l’aide de ses compagnons douteux, quelque chose qui devait être caché derrière un cadre car ils les retournèrent tous. Le dénommé Dan aux cheveux clair tomba sur un trou de serrure juste à côté du lit et fit signe aux autres de le rejoindre. Que pouvait-il bien se cacher sous le très vieux portrait de la mère de sa mère, une femme magnifique de son temps. Lysiane posa la question discrètement mais on ne prit pas le temps de lui répondre. Ne voulant pas que quelqu’un d’autre qu’elle ne touche à la clé, Zéa bouscula du coude le jeune homme et inséra l’objet.

                — Du vulgaire toc, voilà ce que c’est, improvisa la brune pour couvrir le bruit de la porte secrète qui venait de s’ouvrir.

Elle était cachée en étant peinte comme le mur et seule une très fine ligne en marquait la présence. Même la Princesse ne l’avait jamais remarquée. Elle la poussa en espérant qu’elle ne grince pas et elle ne fit heureusement aucun bruit.

                — On va partir par ici, informa Zéa toujours à voix basse.

                — Mais comment …

                — Chut, plus tard. Viens.

Les quatre alliés entrèrent en vitesse dans la pièce secrète. Celle-ci n’était que très faiblement éclairée par de fines meurtrières. A l’intérieur ils n’y trouvèrent qu’une immense statue au centre, représentant un Roi et une Reine aux traits neutres, évoquant tous les souverains du royaume de Lorion.

Ils restèrent bouche bée devant la sculpture de pierre blanche. Sur le crane de la femme reposait la couronne de la défunte mère de Lysiane et dans la main de l’homme se dressait fièrement le sceptre de son père. La Princesse n’en croyait pas ses yeux, elle qui pensait que les Balgarans s’en étaient emparés depuis longtemps. Ten brisa la magie de l’instant en refermant le passage secret. La soudaine obscurité de la pièce lui sauta aux yeux. Les objets précieux cessèrent de briller. Zéa grimpa avec agilité sur le haut socle de roches noires et parvint à récupérer la couronne d’or et de pierres translucides. Le bijou royal était incrusté de minuscules opales. Elle y fit bien attention en rejoignant le sol. L’arnaqueuse déposa alors ce trésor sur la tête de la Princesse Lysiane puis souffla :

                — Voilà qui est bien mieux.

                — Mais c’est pour les Reines, voulu protester celle-ci.

                — Et c’est ce que tu es à présent pour ton peuple, même si je ne peux pas t’offrir un vrai couronnement.

Cette vérité brutale coupa le souffle de la toute jeune souveraine. Elle ne se sentait pas du tout prête pour cela. Elle avait toujours envié la vie de sa meilleure amie. Pas de bienséance, pas de responsabilités, rien qu’une liberté totale dont elle rêvait de jouir.

Cependant avec les envahisseurs au pouvoir il n’y aurait de liberté pour personne. Adieu les fantasmes et adieu le peuple de Lorion. Elle ne pouvait décidément pas faire cela au royaume. Tandis qu’un tas de pensées fusaient à toute vitesse dans la tête de Lysiane, Zéa réitéra la manœuvre afin de prendre le sceptre, d’or lui aussi, surmonté d’une énorme opale ronde, elle-même entourée de fioritures dorées. Celui-ci, qu’elle eut nettement plus de mal à soulever, resta dans sa main. Alors qu’elle descendait elle en profita pour tâter diverses parties de la statue à la recherche de quelque chose. Soudain un déclic se fit entendre alors qu’elle tournât sur elle-même une sculpture de serrure sur un faux coffre qui gisait aux pieds des seigneurs de pierre. Le socle de jais s’ouvrit sur la moitié de sa largeur, dévoilant sous lui un mince escalier descendant.

                — Normalement cela mène à une sortie secrète. Je passe devant. Ten, tu fermes la marche et toi Lysiane, tu restes derrière moi, ordonna Zéa à voix basse, ne sachant pas si elle risquait d’être encore entendue jusqu’au couloir.

Ils durent se baisser à demi au début mais très vite le plafond fut assez haut pour eux tous.

                — Ten, retourne la serrure du coffre au-dessus de ta tête et rentre vite ton bras à l’intérieur du passage, ça nous évitera d’être suivit si jamais la première porte est découverte.

L’homme aux cheveux foncés s’exécuta. Le socle se referma doucement et le groupe se retrouva dans le noir complet, en file indienne dans un étroit escalier mal taillé.

                — Je n’aime pas ça du tout moi, râla Dan dans le dos de la nouvelle Reine.

Pour toute réponse l’arnaqueuse frappa la marche sur laquelle elle se trouvait avec le pied du sceptre royal. Elle recommença une seconde fois et l’opale se mit à briller intensément. L’objet magique éclaira la roche brute qui les entourait mais le bas des marches restait dans les ténèbres. La lumière créait de longues ombres, perturbant leur vision.

                — C’est de la magie ? S’enquit Lysiane, époustouflée par cette découverte.

            — En effet. Le sceptre royal de ton père est un ancien artéfact très puissant. Ce genre d’objet attire tant les convoitises que les souverains de Lorion se sont bien gardés de s’en vanter. En général, on l’apprend le jour de son couronnement, mais il arrive parfois que cela se passe autrement… Tout dépend de vos parents.

A la fin du discours énigmatique de sa meilleure amie, la jeune fille aux yeux vert-de-gris resta perplexe. Des dizaines de questions allèrent retrouver toutes celles qu’elle se posait déjà.

                — Mais alors… Comment peux-tu savoir autant de choses ? se renseigna-t-elle tout en descendant lentement l’escalier secret à la suite de Zéa.

                — C’est une très longue histoire…

                — Je doute qu’on nous retrouve ici avant longtemps, j’estime avoir droit à des explications maintenant.

                — Elle est voyante, plaisanta Dan, elle ne te l’a pas dit ?

                — C’est ça… Bien sûr. Et pourquoi ne pas lire l’avenir dans des tripes de lapin tant qu’on y est ? lui cracha Lysiane qui détestait être prise pour une idiote sans cervelle du simple fait de son statut de Princesse.

                — C’est qu’elle ne se laisse pas marcher sur les pieds la petite, se moqua Ten.

                — Arrêtez, s’exclama Zéa alors que la jeune Reine s’apprêtait à répondre d’une pique.

Elle stoppa aussi brusquement la descente au pied de la dernière marche.

                — Je peux me défendre tout seule, râla Lysiane.

                — Ce n’est pas la question. Je me fiche de vos disputes, j’essaie d’éviter un piège mortel.

                — C’est un souterrain très sécurisé on dirait, commenta Dan.

                — Je suppose que ceux qui l’ont construit ne voulaient rien laisser au hasard, ajouta Ten.

                — Ils étaient complètement parano oui…, souffla celui aux cheveux clair en croisant les bras.

                — Allez-vous vous taire ? On dirait deux bourgeoises qui comparent leurs nouvelles robes.

La jeune fille à la couronne ne put s’empêcher de pouffer face à la remarque cinglante de sa meilleure amie. Zéa tenta de se souvenir de la manœuvre à faire. D’après elle il suffisait de poser le pied sur le sol de la salle pour actionner les pièges, puis une seconde fois pour les bloquer. Une fois cela effectués elle s’aventura prudemment vers le centre de la pièce. Rien ne se produisit. Restait à savoir si ceux qui la suivaient devaient simplement la rejoindre ou effectuer la même démarche avant.

                — Dan, refait comme moi et traverse, ordonna-t-elle.

                — Pourquoi moi ? C’est super dangereux !

                — Ta vie à moins de valeur que celle de la Reine, le nargua Ten.

                — La tienne aussi, alors vas-y, provoqua Dan.

                — J’ai bien prit le risque moi, les interrompit l’arnaqueuse à l’autre bout du souterrain, au début d’un nouveau couloir plus large.

                — Bon, bon… abdiqua le blond, j’y vais mais si je meurs, je m’arrangerais pour te hanter toute ta vie.

Il passa alors devant Lysiane et réitéra les gestes de Zéa. Ceci fait il avança à tout petits pas à travers la salle sombre malgré l’éclairage puissant du sceptre. A mi-parcours, il commença enfin à se sentir rassuré. Un déclic brisa le silence angoissé des quatre évadés. De multiples trappes s’ouvrirent dans les murs et une volée d’une centaine de flèches partit en tous sens dans l’espace restreint du souterrain. Dan s’était mis à courir dès qu’il avait entendu le son significatif du piège qui s’enclenche mais il n’avait aucune chance de se mettre à l’abri assez vite.

Pourtant, aucun carreau ne l’atteignit. Lorsqu’il se rendit compte que quelque chose clochait, il releva la tête vers l’arnaqueuse. Celle-ci tenait fermement le sceptre magique en avant. L’artéfact de pouvoir semblait avoir arrêté les projectiles dans leurs élans. Il luisait d’une lueur mauve oscillant entre le rose et le bleu selon les moments.

                — Comment t’as fait ça ? souffla le jeune homme à sa sauveuse.

Celle-ci, abasourdie, fixa le vide devant elle, osant à peine respirer.

                — Je n’en sais rien, répondit-elle lentement. Passez, dépêchez-vous…

Le blond relaya le message d’une voix plus forte à ses camarades. Ten et la jeune Reine les rejoignirent alors à grandes enjambées, jetant des coups d’œil en tous sens, de peur que le temps ne reprenne son cours.

Une fois tout le groupe en sureté, Zéa relâcha brusquement sa concentration et ferma les yeux. Les flèches quant à elles allèrent se ficher comme si de rien n’était dans les murs et le sol. Le regard de la brune se posa ensuite alternativement sur Dan et le sceptre. Elle avait du mal à croire ce qu’elle venait d’accomplir.

Face aux regards curieux de ses comparses, la jeune femme dut se reprendre rapidement pour ne pas leur laisser le temps de lui poser des questions.

                — Bon, il faut sortir de ce trou, maintenant, s’exclama-t-elle donc en arpentant la première le dernier couloir.

                — As-tu appris à utiliser la magie ? s’enquit Lysiane qui n’en pouvait plus de savoir si peu de choses.

                — Non, c’est la première fois que je touche à un artéfact de pouvoir et je n’y connais rien. Le sceptre à tout fait tout seul, grogna Zéa, mécontente.

                — Il me revient, n’est-ce pas ? s’intéressa encore la jeune fille aux yeux vert-de-gris, éblouie par la puissance que pouvait lui procurer l’objet.

                — Dès que nous serons dehors, je te le cèderais avec joie…

                — Pourquoi pas maintenant ?

L’arnaqueuse soupira. La voilà qui commençait à se trouver avide de pouvoir. Ou bien était-ce les capacités de protection que Lysiane recherchait. Après tout il y avait un moment qu’elle craignait pour sa vie et cet artéfact devait certainement la rassurer en un sens.

                — Parce que c’est notre seule source de lumière et que je préfère passer devant en cas de problème.

                — Oh, c’est évident, commenta Lysiane sur un ton qui agaça au plus haut point ses trois sauveurs. Et pour ce qui est des explications que tu me dois ?

                — On verra ça à l’air libre également, ce sera plus simple tu ne crois pas ?

                — Certainement. Et nous pourrons nous asseoir aussi, je suis fatiguée.

En effet la pauvre petite Princesse qu’elle était n’avait eu de cesse de tourner en rond dans sa chambre tout en s’inquiétant, avant que celle-ci ne se retrouve maculée de sang par la faute de ses visiteurs. En y repensant, Lysiane ressentit un profond dégout. Depuis le temps, le cadavre avait dû être découvert.

Ils arrivèrent finalement, près d’une demi-heure plus tard, au bout du tunnel. La lumière du bâton éclaira une pente douce menant à une trappe de bois au plafond. Zéa monta seule l’inclinaison, jusqu’à toucher l’ouverture large comme une porte mais d’une forme plus proche du carré. Lentement, elle tenta de la soulever. Une résistance se fit sentir.

                — Les gars, venez nous montrer la force de vos muscles, je crois que c’est bloqué.

Dan et Ten la rejoignirent à pas mal assuré.

                — Ça va, y’a plus de risque maintenant, bande de mauviettes.

                — C’est juste de la prudence, protesta celui aux cheveux foncé, piqué au vif.

En poussant ensemble, ils réussirent à entrouvrir la trappe, coincée par de la mousse et des racines ayant poussé dessus.

Ils scrutèrent par la fente les alentours. La sortie donnait sur le bois et personne ne les y attendait. Totalement soulagé par le calme environnant, ils dégagèrent entièrement l’ouverture. Une belle lumière de fin d’après-midi inonda le tunnel. Dehors, ils refermèrent la porte et la camouflèrent autant que possible. Les deux hommes traînèrent même le tronc mort d’un petit arbre couché et déraciné jusque sur l’entrée pour la condamner.

A quelques pas seulement de là, ils trouvèrent une petite trouée dans les arbres, non loin de la lisière et d’un groupe de fermes. Quelques rochers sortit du sol leur servirent de sièges pour se reposer. Lysiane en fut soulagée. A peine eut elle reprit son souffle qu’elle tendit la main à sa meilleure amie. Celle-ci compris immédiatement le message et lui donna le sceptre royal.

                — Fais attention à ce que tu désires, cet artéfact est puissant, conseilla Zéa qui en avait fait l’expérience.

                — Je ne suis pas stupide. Si mon père a su le maîtriser alors moi aussi je le pourrais. Si tu répondais plutôt à mes questions ?

L’arnaqueuse soupira en évitant son regard insistant.

                — Tout d’abord sache que les Balgarans n’auraient pas pu envahir le château sans l’aide de quelqu’un à l’intérieur. Il s’agit de ton oncle Lem. Je sais que tu ne le connais pas très bien.

                — Je… Je l’ai rencontré pour la première fois il y a quelques semaines à peine, balbutia Lysiane.

                — Je sais… Il  n’est venu au château que dans le but de prendre le pouvoir à l’aide de ses alliés. Il est question de te servir de régent jusqu’à ton couronnement officiel d’ici quelques années car tu es encore jeune pour gouverner. Il t’aurait fait assassiner peu avant et aurait repris le pouvoir à ta suite. Étant donné qu’il aurait été sur le trône depuis un moment, cela n’aurait choqué personne. Il aurait ensuite épousé une  princesse Balgaran et voilà nos ennemis au pouvoir.

                — Comment as-tu pu savoir toutes ces choses ? Qui te l’a dit ? Et comment as-tu appris pour la magie du sceptre ? Je ne comprends pas…

                — Je le sais car Lem est mon géniteur, commença Zéa.

La réaction de la jeune Reine ne se fit pas attendre. Son regard se teinta de suspicion, elle se sentait trahie par celle a qui elle avait tout confié.

                — Je t’assure que je n’approuve pas ce qu’il fait. Je n’arrive même pas à le considérer comme mon père. J’ai renoncé il y a longtemps à mes privilèges pour une vie plus libre et surtout loin de lui. C’est de lui que je tiens l’information sur l’artéfact, le père de nos pères à fait l’erreur d’en parler à ses deux fils dès leur plus jeune âge. Depuis, Lem n’a de cesse de vouloir prendre la place de Roi afin de l’obtenir.

                — Mais, tu es ma cousine ? l’interrompit la jeune fille à la couronne. Oh, pourquoi ne l’as-tu pas dis ? Si mes parents l’avaient su, ils ne t’auraient pas chassé comme ils l’ont fait et peut-être que tu aurais pu les prévenir…

                — Ils le savaient…, l’arrêta la brune.

                — Quoi ? s’écria Lysiane qui n’en revenait pas.

Elle fixa sa soi-disant meilleure amie avec des yeux ronds, tandis que les deux comparses mâles les observaient avec amusement. La situation était cocasse.

                — C’est moi qui suis venue leur parler des plans de Lem pour les évincer, il y a des années. Grâce à cela ils ont pu éviter une première tentative de sa part. Voyant que je ne désirais point me diriger vers le pouvoir, ils ont décidé de me confier leur secret ainsi qu’une tâche importante. D’abord, ils m’ont parlé du sceptre. Ton père m’a dit comment l’allumer, rien de plus. Ils m’ont ensuite raconté comment pénétrer dans le passage secret et en ressortir vivant. J’ai malheureusement oublié quelques détails avec le temps

                — Je ne te le fais pas dire, la coupa Dan.

Lysiane s’accrochait à l’artéfact de pouvoir pour ne pas chanceler en entendant de telles révélations. Depuis toujours, tout le monde lui mentait. Tous ceux qu’elle aimait profondément, en qui elle croyait pouvoir placer sa confiance, lui avaient caché des choses et pas les moindres.

                — Ils m’ont ensuite demandé de devenir ta meilleure amie afin de veiller sur toi.

                — Tu me surveillais ? questionna celle aux yeux vert-de-gris en fronçant les sourcils.

                — Je n’étais pas censé t’espionner ou leur révéler tes secrets. Cela je ne l’ai jamais fait. D’ailleurs, il y a des années que je ne leur ai pas parlé. Je devais veiller à ta sécurité en cas de problème, avec ton oncle notamment. Mais ils savaient que tu étais une enfant rebelle, toujours à vouloir défier leur autorité. Ils ont pensé que s’ils me présentaient comme une cousine qu’ils appréciaient, tu ne m’adresserais même pas la parole. Ils voulaient que tu me fasses confiance, alors ils m’ont suggéré que nous nous voyions en douce. Comme je versais déjà dans les petits méfaits, ça paraissait parfaitement crédible…

La jeune fille à la couronne resta abasourdie. Tout cela était impossible. Elle n’était pas si terrible que cela comme enfant pour que ses parents se sentent obligés de la manipuler. Elle admettait faire parfois des caprices, mais tout de même. Elle savait reconnaître quand la situation devenait grave.

                — Tu mens, je ne peux pas te croire, répondit Lysiane en fixant l’herbe à ses pieds.

                — Tu voulais des réponses, les voici. Je n’ai aucun intérêt à inventer des histoires.

                — Mais c’est impossible ! Pourquoi ? Pourquoi ne m’auraient-ils pas enseigné toutes ses choses à moi ? Je les aurais écoutés ! se mit à crier la Princesse, les larmes aux yeux.

                — Aujourd’hui peut-être, parce que tu as grandi en peu de temps par la force des choses… Mais pas avant. Je suis désolée, je sais que c’est dur. J’ai souffert aussi à cause de mon géniteur. Mais les tiens au moins avaient de bonnes intentions.

La belle affaire, pensa Lysiane. Ils s’étaient trompés en la sous estimant. Voilà tout. Ils étaient ceux qui la connaissaient le mieux et ils l’avaient traitée comme une imbécile et une incapable. Elle serra si fort le sceptre que les jointures de ses doigts blanchirent. Toute sa vie n’était qu’une mascarade.

                — Cousine ? dit quelque chose…

                — Fichez-moi la paix ! s’exclama la jeune Reine en se levant brusquement.

Son geste et sa colère actionnèrent le bâton magique. Une vague de pouvoirs en déferla et fonça sur le trio malfamé. La puissance du souffle les frappa de plein fouet et ils furent éjectés puissamment dans le ciel. Ten, Dan et Zéa crièrent de stupeur en volant loin vers les fermes. Bientôt ils disparurent derrière l’une d’entre elle. Voyant cela Lysiane changea de figure. Son air courroucé se mua en surprise, puis en inquiétude. Après un tel vol, il  y avait peu de chance qu’ils en réchappent. Qu’allait-elle devenir seule, sans guides, sans quelqu’un d’assez débrouillard pour survivre hors du château ? Prise de panique, elle empoigna l’artéfact trop précieux pour être abandonné ici et s’enfonça rapidement dans le bois de plus en plus sombre.

          De leur côté les trois acolytes finirent leur course dans un lac. Ils glissèrent à sa surface sur quelques mètres puis s’y enfoncèrent. Le choc les rendit inconscient.

Zéa se réveilla sur l’herbe de la rive, trempée jusqu’aux os alors qu’un homme venait de l’y déposer. Il disparut de son champ de vision flou avant qu’elle ne puisse l’identifier. Elle vit Dan à sa gauche, immobile. À sa droite Ten gisait également mais un inconnu se penchait au-dessus de lui. Ses oreilles bouchées donnaient à la brune l’impression d’être hors du temps. Le son redevint soudainement plus clair et son esprit aussi. Elle se dirigea vers le blond en rampant à moitié. Il respirait. Elle le brusqua. Il ouvrit finalement les yeux et toussa. Au moins un de vivant. Elle se dirigea ensuite vers le second, toujours avec l’inconnu. Il lui semblait que celui-ci était un fermier. Vu ses vêtements trempés, il venait de les repêcher. Il mit Ten sur le côté et lui donna des tapes dans le dos. Enfin celui-ci cracha l’eau qui bloquait sa respiration. Soulagé, l’homme qui les avait sauvés se laissa tomber en arrière et s’assit pour souffler.

                — Eh ben… M’avez fichu la trouille vous trois. Ça ne va pas d’faire des vols planés pareil ? commenta-t-il.

Aimable, il les invita à entrer se sécher dans sa chaumière. Personne n’échangea un mot durant de longues minutes. Le fermier brisa le silence.

                — Qu’est-ce qui vous est arrivé ? s’enquit-il, curieux.

Il n’avait encore jamais vu personne voler. Il y avait de quoi être étonné. Malgré son état critique peu avant, Ten fut le premier debout. Il tourna autour de l’homme.

                — Vous posez des questions comme ça ? Sans même vous présenter d’abord ? Et les bonnes manières alors ? persifla-t-il.

L’homme grogna.

                — Je suis Fenn. Et vous, z’êtes qui au juste ?

                — Je te conseille de ne pas trop poser de questions en fait. Parfois il vaut mieux ne rien savoir, continua Ten sur un ton badin.

                — Et pourquoi j’vous prie ? J’vous ai sauvé la vie, j’veux savoir à qui j’ai affaire.

L’homme aux cheveux foncés derrière lui, mit sa lame près de son cou. La colère, qui montait doucement en Fenn, retomba aussitôt.

                — C’est simple. Assassin, se présenta-t-il. Voleur (Il désigna Dan). Et (il montra Zéa) fille de joie.

                — Arnaqueuse ! Crétin ! réagit celle-ci au quart de tour en lui lançant à la figure le premier objet qui lui tomba sous la main.

Ten l’évita de justesse en esquivant d’un pas en arrière.

                — Mon pain ! protesta le fermier qui paraissait posséder peu pour vivre.

                — Fiche-lui la paix, il mérite bien ça après ce qu’il a fait pour nous, commenta le blond en s’adressant à son comparse.

                — Il en sait trop, avança ce dernier.

                — Il ne sait rien du tout. On s’en va et t’y touche pas. Viens. Laisse tomber je te dis, dut insister Zéa.

Ils sortirent sans une explication de plus. Fenn le fermier, pas mécontent de s’en débarrasser, ne les retint pas. Quelle bande de fous, se dit-il, cela lui apprendra à jouer les héros.

                — Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Ten, de mauvaise humeur.

Le groupe, de retour sous le couvert des arbres au soleil couchant, n’avait pu que constater la disparition de Lysiane et tous ses objets précieux.

                — Déjà, on va aller retrouver nos vrais vêtements, je n’en peux plus de cette robe, commença l’arnaqueuse.

                — Ça fait catin ?

                — La ferme ! Ensuite, on ira retrouver la Reine, termina Zéa.

                — Mais on n’a aucune idée d’où elle se trouve ! râla Dan, fatigué.

La brune se mit à réfléchir aux possibilités qui s’étaient offertes à sa cousine quelques temps plus tôt.

                — J’ai vu son visage effrayé, elle a dut vouloir rester seule. Il nous faut un endroit proche et où elle était certaine de ne croiser personne.

                — Il y a un million d’endroits comme celui-là dans le coin.

                — Mais elle ne connaît que peu l’extérieur du château, il faut quelque chose d’évident.

                — De toute façon, qui te dit qu’elle veut encore de nous ? intervint Ten. Si c’est pour qu’elle nous expédie d’en haut d’une falaise…

                — Ne dis pas n’importe quoi. Ce n’est pas une tueuse comme toi. Son utilisation du pouvoir était accidentelle. Réfléchit plutôt à un lieu calme.

L’assassin soupira, excédé. Il n’avait aucune envie de chercher quoi que ce soit. Il ne désirait que retrouver ses vêtements souples et noirs, bien plus discrets et secs que son stupide déguisement.

                — On verra ça sur le chemin de l’aub…

                — Les ruines du Temple des Dieux Oubliés, s’écria Dan, couvrant la fin de la phrase de son acolyte.

                — C’est une idée, approuva Zéa. C’est proche et suffisamment connu. Allons-y.

                — Ah non. Hors de question que j’arpente le bois avec ces frusques ridicules et trempées. On va se changer d’abord, s’énerva Ten.

L’arnaqueuse souffla. C’était ce qu’elle avait dit, mais elle était pressée. Elle accepta cependant, elle n’en pouvait plus non plus. Ils retrouvèrent leur auberge en un rien de temps. Le patron, aussi vicieux qu’un serpent, leur demanda des nouvelles de leur coup. Il ne se doutait pas une seconde de leurs véritables intentions. Comme ils avaient dut se déguiser, ils lui avaient raconté quelques fables à propos d’une arnaque chez des gens très riche. Vu l’état dans lequel ils revenaient, le tenancier se douta que l’affaire avait mal tournée.

                — J’ai comme l’impression que ça n’a pas marché vot’ truc, se moqua-t-il.

Ten lui asséna un regard noir. Il ne se sentait pas d’humeur à plaisanter.

                — Pas vraiment. Ne fais pas attention à lui, ça ira mieux une fois au sec, répondit Zéa afin de calmer le jeu.

Ce n’était pas le moment de perdre du temps avec une bagarre, ils devaient se faire discrets. Le groupe monta dans leurs chambres et ils se changèrent. L’arnaqueuse se rendit alors compte qu’elle tenait toujours fermement dans sa main la fameuse clé en pendentif de sa cousine. Elle ne la lui avait pas réclamée. Très rapidement, elle alla presser ses comparses de sortir.

                — Ne serait-ce pas plus simple d’attendre qu’il fasse jour pour essayer de la retrouver ? Il fait trop sombre maintenant, tenta le voleur alors qu’elle venait d’ouvrir la porte.

                — Et la laisser passer la nuit seule, au milieu de rien et sans protection ? Tu peux toujours rêver.

                —Elle a le sceptre pour se défendre, ça me semble suffisant, fit remarquer l’assassin, vautré sur son lit sans la moindre intention d’en bouger.

                — Je ne suis pas de cet avis. Mais si ça vous ennui tant que ça, j’irais sans vous. Mais je vous préviens, si je sors seule ce soir, je finirais la mission seule également, conclut Zéa en faisant demi-tour sans les attendre.

Elle n’allait pas en plus leur laisser le temps d’y réfléchir. Lorsqu’elle franchit une nouvelle fois le palier de l’auberge dans ses vêtements noirs tellement plus pratiques, elle fut sans surprise rattrapée pas ses compagnons. Elle les connaissait suffisamment bien pour savoir qu’ils n’abandonneraient ni le royaume ni leur chance de changer de vie. Ils prirent le plus court chemin pour aller vers les ruines, sans un mot et en évitant surtout de s’approcher de cette fichue ferme. Le long sentier de terre sinueux au milieu du bois était heureusement éclairé par la lune presque ronde. Ils parvinrent donc sans encombres jusqu’à ce qu’il restait du vieux Temple des Dieux Oubliés. Ils n’eurent aucun mal non plus à repérer Lysiane qui utilisait le sceptre pour voir.

                — Laissez-moi y aller la première. Je suis tout ce qui lui reste de famille, j’arriverais sans doute mieux à la convaincre de nous laisser l’aider, ordonna Zéa.

Ses comparses ne se firent pas prier. Ils n’avaient aucune envie de faire un autre tour dans les airs. La brune s’avança en silence. Sa cousine se tenait debout devant un pan de mur à demi écroulé, son visage illuminé par l’éclat blafard de l’opale magique. Elle semblait extrêmement intriguée par ce qu’elle regardait, tellement qu’elle ne prêtait plus attention à ses frissons incessants.

                — Lysiane ? Ça va ? questionna Zéa alors qu’elle ne se situait plus qu’à quelques pas.

La jeune Reine s’effraya en entendant une voix et failli crier quand, finalement, elle reconnut son interlocutrice.

                — C’est toi ? Tu n’es pas morte ? interrogea la jeune fille à la couronne, étonnée.

                — Je suis bien en vie, comme tu le vois, bredouilla alors l’arnaqueuse, surprise de sa réaction.

Lysiane se précipita dans les bras de sa cousine, puis pleura sur son épaule.

                — Je suis tellement désolée de ce que je t’ai fait. Je ne voulais pas… J’étais effrayée par tous ces changements soudains et… Je n’ai pas compris ce qui s’est passé. J’ai cru que tu n’y survivrais pas et j’ai pris la fuite. Je suis tellement contente que tu sois là.

                — On a eu de la chance d’atterrir dans l’eau. Je ne m’attendais pas à ce que tu m’accueille ainsi.

                — J’ai réfléchit, avoua la Princesse. Mes parents et toi avez peut-être été maladroits, mais vous aviez de bonnes intentions envers moi et j’ai compris que c’était le plus important, comme tu le disais.

                — Dan et Ten peuvent approcher sans rien risquer alors ?

                — Bien sûr. Mais plus de cachotteries maintenant, promis ?

                — Je te le promets, accepta Zéa.

Les hommes les ayant entendus parfaitement, sortirent de l’ombre d’eux même.

                —Alors viens voir ce que j’ai découvert. C’est incroyable ! se réjouit Lysiane.

Elle prit sa cousine par la main et la mena devant la fresque qu’elle étudiait quelques instants plus tôt. Des symboles étranges y étaient gravés. Ne voyant pas dès le premier regard ce que la jeune fille aux yeux vert-de-gris y trouvait d’extraordinaire, l’arnaqueuse la questionna.

                — Qu’est-ce que c’est ?

                — Ces symboles ne te disent rien ? Ce sont les artéfacts de pouvoirs. Là, c’est le sceptre.

Lysiane désigna une ligne verticale surmontée d’un cercle.

                — Ici, on a la bague…

Elle pointa du doigt un anneau agrémenté d’un rond plein, plus petit.

                — Et là, l’épée, termina-t-elle en montrant le dessin correspondant.

                — Si c’est vrai, alors nous ne connaissions que trois des sept objets magiques inscrit ici, souffla Zéa.

                — Cette information peut nous être utile non ?

                — Encore faudrait-il en être sûr, intervint Ten. Ces symboles sont vagues. Ils peuvent désigner tout autre chose.

                — C’est vrai, c’est une interprétation hasardeuse. Nous ne disons pas que tu as tort, mais il n’y a aucune preuve formelle. Qu’est-ce qui t’as fait arriver à cette conclusion ? renchérit Dan, tout aussi sceptique.

                — C’est le sceptre. Il s’est agité et éclairé tout seul dès que j’ai approché les ruines. J’ai supposé que les deux étaient liés. Et puis j’ai vu ça, raconta la jeune fille à la couronne, face au mur écroulé.

                — Tu es certaine que ce n’est pas plutôt toi qui as invoqué la lumière quand la nuit est tombée ? voulu s’assurer Zéa.

                — C’est aussi ce que j’ai cru, au début, mais même posé au sol sans que je n’y touche, il a continué.

La brune observa une seconde fois les gravures, plus longuement. Elle soupira.

                — En tout cas si tu as raison, et je l’espère, cela peut nous être très utile en effet.

                — Si on pouvait en retrouver certain, on serait sûr de gagner.

                — Encore faudrait-il savoir ce qu’on cherche. Ce n’est pas très clair. Des triangles, des lignes, des croix, des ronds, ça ne veut pas dire grand-chose, soupira Ten.

                — Ça aussi, j’y ai réfléchit. Les symboles sont séparés en groupe. A gauche il y a le sceptre et la bague. Le troisième est surement un objet en rapport avec la royauté. Ça ressemble beaucoup à une couronne. Bon, je n’ai pas de certitude, mais c’est déjà un point.  A droite il y a l’épée. Je suis partie du principe que ces objets représentaient la guerre ou les armes. J’en suis venue à trouver que le bâton orné de deux triangles était une hache à double tranchant et le triangle seul, un bouclier.

                — Ça pourrait coller, mais ça n’explique pas le septième, ajouta le voleur.

                — C’est vrai. Il est largement au-dessus des autres, au centre. J’ai d’abord pensé à une pierre seule puisqu’il s’agit d’un rond plein comme il y en a sur chaque dessin et que les traits qui l’entourent symbolisait sa puissance. Mais j’ai ensuite conclut qu’il pouvait s’agir plutôt d’une représentation de Fumzu, le principal dieu du panthéon. Il est souvent dessiné comme un soleil ou une étoile.

Lysiane reprit enfin son souffle tant ce dont elle parlait lui tenait à cœur. Bien que sceptique au départ, l’assassin ne pouvait s’empêcher d’être impressionné par ses connaissances.

                — On dirait que tu en sais beaucoup, remarqua Zéa.

                — J’ai énormément étudié l’histoire et les coutumes du peuple Kowai. C’était des gens passionnants, dommage qu’ils aient disparut si mystérieusement.

                — Et tu penses qu’on pourrait trouver un de ces objets ici ? questionna l’arnaqueuse.

                — J’ai déjà essayé de fouiller à l’aide du sceptre, mais ça n’a rien donné. Je suis persuadée qu’il peut détecter la présence de ses pairs.

La jeune Reine paraissait plus sure d’elle qu’elle ne l’avait été auparavant.

                — Alors allons-nous-en. Il ne faut pas traîner dans le coin. On est encore trop proche du château, commença sa cousine.

                — Oui, et la luminosité de l’opale risque de poser problème, ajouta Ten.

Dan soupira fortement. Il en avait plus que marre mais il savait bien qu’ils avaient raison.

                — Mais où voulez-vous qu’on aille ? Je ne veux pas fuir. Il faut empêcher les Balgarans de prendre mon trône. Sinon, pourquoi auriez-vous fait tout cela ? protesta Lysiane dont les mèches mordorées et humides commençaient à coller à son visage.

Cela étonna beaucoup la brune de la voir ainsi courageuse et prête à assumer des responsabilités qu’elle aurait préféré éviter quelques heures plus tôt.

                — Mais nous ne fuyons pas, assura-t-elle avec un léger sourire. Nous allons chercher de l’aide. Ce n’est pas à quatre que nous renverserons l’ennemi, tu ne crois pas ? Même avec un artéfact.

                — Quel est votre plan alors ? s’enthousiasma la jeune fille à la couronne.

Les trois comparses se regardèrent.

                — On n’avait pas encore tout prévu, avoua Zéa. Il y avait urgence.

                — Il y a bien la cité d’Alwin, à quelques jours d’ici, proposa Ten.

                — Très bonne idée, il y a toute une garnison de soldats là-bas. Ils te viendront en aide, approuva l’arnaqueuse.

                — Cela suffira-t-il ?

                — On n’a pas besoin d’une armée. Les envahisseurs visent l’infiltration, ils sont donc peu nombreux pour être plus discrets. Ils n’occupent que le château. Ça pourrait suffire, expliqua Dan. Mais il faut faire vite, maintenant que tu as disparu, ils vont appeler des renforts.

Lysiane prit en compte toutes ses informations et s’exclama d’un air déterminé :

                — Alors allons-y ! Plus vite nous recruterons, plus vite… Nous vaincrons.

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