Les aventures de Fishbob.

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Dans la forêt non loin de la ville, Fishbob allait ramasser les ingrédients nécessaires à la fabrication de sa potion magique : celle qui lui permet de créer de l’or, parce que Fishbob était un Magicien-Nécromancien-Alchimiste accessoirement Prêtre-Exorciste… Tout ce qui pouvait lui rapporter de l’argent quoi. Soudain, il se rendit compte que tous les rutabagas sauvages avait été cueillit. Il enragea !  Sans ces plantes, aucune chance d’avoir de l’or. Il lui fallait donc en acheter, mais sans or, pas de rutabagas sauvages. Et sans rutabagas sauvages, pas d’or. Il ronchonna. Il alla en ville, cherchant quelqu’un à plumer avec un tour de magie basique. Parmi les badauds, il distingua un panonceau.

« Recherche transporteur. Récompense à la clef »

 

Tiens, cela valait peut-être le coup de s’y intéresser. Il entra en vue de se renseigner, il avait besoin de plus amples informations. La pièce était silencieuse, en dehors d’un cliquetis de machine à coudre à pied.

— Euh… bonjour ? tenta Fishbob.

— Bonjour, client ! hurla une petite dame devant sa machine, je fini et je suis à vous.

Alors Fishbob attendit. Il regarda autour de lui. Des tas de tissus, des fils entremêlé partout, et… Des aiguilles ! Fishbob détestait les aiguilles. Elles lui rappelaient la fois où l’infirmière qu’il avait coincée derrière l’église, lors d’un don du sang, l’avait neutralisé avec un sédatif puissant pour lui échapper. Il était resté impuissant toute la semaine avant que son corps ne s’en remette.

— Que puis-je pour vous ? questionna la couturière, le sortant de ses souvenirs douloureux.

— Je viens pour la quête.

— Ah enfin ! Je me demandais si quelqu’un viendrait un jour ! Alors voilà, vous devez suivre le chemin qui traverse la forêt et aller jusqu’à la maison qui borde le sud de la forêt. C’est celle de Madame Chénier la tisseuse. Elle vous donnera des étoffes de lin que vous devrez me rapporter. Je compte sur vous, dit-elle avec empressement en poussant Fishbob dehors et en claquant la porte sur ses dernières paroles.

— Et la récompense, c’est quoi ?

Il n’eut aucune réponse. Fichu couturière naine ! Bon, il n’avait plus qu’à y aller. Qu’avait-elle dit déjà ? La forêt ! Oui c’est cela, la forêt. Et après ? Une maison. Bon. Fishbob avait l’habitude de tout oublier, sa mémoire de poisson rouge lui jouait si souvent des tours qu’il avait trouvé une solution. Il prit un parchemin et nota tout ce dont il se souvenait. C’est-à-dire, une maison dans la forêt. C’était déjà pas mal. Il dut demander le chemin de la forêt à un ivrogne, avec la taille des maisons, il ne la distinguait pas et il ne savait plus d’où il venait. Une fois à l’intérieur, il continua nonchalamment sa cueillette. Un preux chevalier peureux passa par là et l’interpella de son épée.

— Que faites-vous ici, magicien ? tonna-t-il.

— Eh bien, je cueillette, balbutia Fishbob. Ah tiens, j’avais une mission…

— Si votre mission est de me tuer vous n’y parviendrez jamais ! Vil démon ! À l’attaque !

— Comment ça ; « à l’attaque » ?

Mais le valeureux chevalier couard s’élançait déjà vers lui arme à la main. Sa lame était prête à le décapiter. Mais Fishbob, à défaut de mémoire, avait des réflexes. Il récita automatiquement une incantation étrange.

— Deum facere exitus hominem periculosum !

Dans un simple couinement, l’homme dangereux disparut. Quelques lumières étoilées s’étiolèrent jusqu’à heurter le sol puis s’éteignirent. Fishbob l’avait échappé belle. La lame avait bien faillit l’entamer. C’était là un chevalier fou ! Il n’avait pourtant pas de chapeau. Enfin. Que faisait-il déjà ? Cueillette ? Quête ? ah oui, quête ! Mais où donc ? Voyons Fishbob, tu l’as noté !

— Ah bon ?

Mais oui ! Ton parchemin, regarde ! Il lut. « Une maison dans la forêt ». Ce n’était pas très précis. Et pourquoi faisait-il cela d’abord ? S’il avait accepté, c’est qu’il avait une bonne raison, autant aller au bout. Il suivit donc le chemin. Ne jamais quitter les sentiers. Sa mère, la pauvre fille de joie de son village natale, lui avait toujours enseigné cela. « Avec ta saleté de mémoire de merde, si tu quittes le sentier, les loups boufferont ton cadavre paumé en pas trois seconde ! T’as compris, rejetons de malheur ? » Disait-elle souvent, lorsqu’elle avait bu, déversant sa douce haleine d’absinthe dans ses narines de gamin. Elle lui manquait tant. Dommage que sa syphilis mal traitée l’ai emportée si jeune. Elle avait à peine 3427 ans. La nuit tomba. Fishbob n’aimait pas le noir, ça lui faisait peur. Le regard agité de mouvement circulaire, la tête recroquevillée sous sa capuche, il essaya tant bien que mal de continuer d’avancer. Un bruit retentit derrière lui, un simple froissement de branches, pourtant si effroyable. Assourdissant. Il résonna à ses oreilles.

— Qu… qu… qui… qui… qui… est là ? bégaya Fishbob qui n’osait plus faire le moindre mouvement.

— Kiki ? Kiki ! Kiki !

Pivotant très lentement sur lui-même, il se tourna en direction de l’étrange voix enfantine qui venait de lui répondre. Qu’est-ce que c’était que cette chose ? Un lapin transgénique fluorescent ? En tout cas ça y ressemblait.

— Kiki kiki kiki ? interrogea celui-ci.

— Tu veux me tenir compagnie ? t’es bien gentil comme bestiole toi ! répondit Fishbob.

Répondant à l’affirmatif, l’animal lui proposa d’être sa veilleuse durant son sommeil, ce que le magicien accepta avec joie. Il s’endormit donc paisiblement, avec son protecteur inconnu.

Fishbob était entouré de beaux saints, euh de beaux seins !  Gonflés, rebondis, colorés. Il bavait en les tâtant du bout des doigts. Soudain, l’un d’eux le mordit. Un sein carnivore ? Mais depuis quand ?

 

En s’éveillant, encore torturé par sa vision d’horreur, il remarqua que la morsure n’était pas une illusion. Mais les poitrines ne mordent pas. Les femmes oui, souvent. Elles appellent à l’aide aussi. Mais pas leur poitrine ! Observant autour de lui, il découvrit son ami, le lapin lumineux, qui lui rongeait la main. En apercevant qu’il était repéré, lapinou partit en sautillant joyeusement… avec en bouche un doigt de Fishbob !

— M’enfin ! Sale bête ! C’est que ça repousse pas vite les membres !!  Ah non mais c’est pas vrai !

Eh oui, parce que Fishbob était à moitié lézard par son père qui venait d’une île à l’Ouest de Zénor. C’était bien le seul de ses frère et sœur à connaître l’identité de son géniteur. Ou du moins son origine. Il maugréa encore quelques longues minutes, assez pour voir l’aube poindre. Il reprit alors la route. Mais dans quelle direction ? Il vit ses traces de pas dans la boue du chemin d’un côté, il devait surement aller de l’autre. Mais pour quoi faire ? Il n’en avait aucune idée mais continua son chemin, peut-être que cela lui reviendrait. En milieu de matinée, alors que son ventre gargouillait à en faire fuir les oiseaux, il découvrit une maison. Une maison dans la forêt ? C’est possible que… Le parchemin ! « Une maison dans la forêt ». Ouais. D’accord, mais encore ? Bon. Il alla toquer. Il frappa trois fois, rageusement. Il n’avait pas été jusqu’ici pour rien, ça non. On ouvrit. La porte grinça affreusement.

— Oui ? Que voulez-vous ? lui demanda une dame revêtant un peignoir de peau de lapin pas fluo et des bigoudis en os.

— Eh bien je ne sais plus. J’espérais que vous me le rappelleriez.

— Voyez-vous ça… Qui êtes-vous pour commencer ?

— Je m’appelle Fishbob. Et vous ?

— Je suis madame Chénier, la tisseuse.

— Tisseuse ? Pas couturière ?

— Non, mais je lui dois des étoffes à la couturière !

— Ah oui ? Du lin ?

— Comment le savez-vous ?

— Eh bien… Je ne sais pas. Quête ? Récompense ? Cela ne vous dit rien ? balbutia timidement Fishbob en ne pouvant décoller ses yeux du décolleté de la tisseuse.

— Cette flemmarde a fait envoyer quelqu’un pour lui ramener ses tissus ? Eh bah ! Elle est pas bien tombée hein. Aller venez là, je vais vous donner ça !

Elle lui intima d’entrer, et le magicien obéit. Avec une telle carrure, on ne dit pas non. La femme s’absenta. Fishbob en fut attristé, il n’avait pas encore mémorisé ses courbes. Mais par chance, elle ne tarda pas à revenir les bras chargé d’étoffes de lin.

— Tenez ! Bonne chance ! souffla-t-elle en les posant sur la table.

— Mais que voulez-vous que j’en fasse, ma bonne dame ?

— Il faut que vous les apportiez à la couturière, c’est votre mission voyons !

— Mais où ça ? Et pourquoi ?

La tisseuse soupira. Quel énergumène !

— Bon sang, mon gaillard, z’êtes pas gâté par la nature !

— Mère me disait souvent cela…, elle était si aimante.

— Avez-vous un moyen de vous souvenir de quoi que ce soit ? Un journal ? Un carnet de note ? Quelque chose quoi ! râla-t-elle.

— J’ai un parchemin ! Ah, il y a quelques écrits dessus déjà. « Une maison dans la forêt ». Est-ce là que je dois aller ?

— Non là, vous y êtes déjà… Bon. Notez. « Aller en ville avec les étoffes de lin, voir la couturière et lui donner ». C’est noté ?

— Euh… oui ! Voilà, voilà ! J’y vais alors ?

— Oui ! cria la tisseuse en rage.

— Mais je ne connais pas encore par cœur vos si voluptueuses formes…

— Sortez immédiatement de chez moi ! hurla la tisseuse aux allures de bucheronne en menaçant le magicien de son poing.

Il s’enfuit donc en courant et en s’égosillant. Son ventre grognait furieusement. Mais il ne devait pas arrêter de courir. Jamais ! Une catastrophe ! Un monstre ! Une malédiction même ! Il devait s’échapper. Mais à quoi déjà ? Un cataclysme ! Pour quelle autre raison courrait-il à si grande enjambée sinon ? La nuit allait bientôt tombée lorsque la pluie tomba. Il aperçut la ville. Oui, la ville ! Il fallait qu’il prévienne tout le monde ! Mais la ville était déserte. Les flâneurs avaient fui l’averse. Il distingua, sous le rideau d’eau, une maison illuminée. Il s’y précipita et annonça une abominable calamité. Il ne sut dire laquelle. Avait-il réellement eut peur ? il ne s’en souvenait plus, c’était si lointain. Où était-il ? La taverne ? mais elle était vide. Enfin presque. Il n’y avait ni barman, ni clients. Jusque quelques paumés. Et une femme qui balayait sans cesse. Voyant la saleté, il fit de même. Il resta, parlant aux quelques personnes présentes, toute la journée du lendemain. Puis, relisant son parchemin, il partit finir sa quête. Après avoir soigneusement noté de revenir à la taverne, évidemment.  Il chercha la maison de la couturière. Au crépuscule, après avoir fait sept fois le tour de la ville, il tomba dessus par hasard. Il toqua, elle avait fermé.

— Ouiiiiii ? s’enquit la couturière en ouvrant. Ah c’est vous ! Où sont mes étoffes ?

— Eh bien… euh… Lineum apparet cito !

Le lin apparut dans un grésillement juste sur la tête de la couturière, ils étaient trempés. Fishbob sourit nerveusement.

— Merci…, soupira la couturière, le regard mauvais.

— Et ma récompense ? insista-t-il.

Oui, ça il s’en souvenait. La naine couturière le fusilla du regard. Il déglutit avec difficulté, s’attendant à recevoir une raclée. Mais elle lui lança simplement une bourse contenant 80 écus qu’il rattrapa de justesse. A la suite de quoi, elle lui claqua la porte au nez. Fishbob était fragile, il saigna d’une narine.

— Oh non ! Je vais salir mon parchemin infini ! Et je ne sais pas où aller ! se plaignit-il.

Il prit son parchemin pour le mettre à l’abri et regarda ce qu’il avait écrit par curiosité. « Retourner à la taverne ». Mais oui, bien sûr ! La taverne !  Et la jolie balayeuse. Fishbob en bavait d’avance ! Sur le chemin il vit une pancarte de marché, tombée au sol, mouillée, déformée. « Rutabagas pas cher ». Tiens ?…

 

alba-glows
Kiki.
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